Les guerres puniques

Séquence réalisée par Christine Batut-Hourquebie, professeur de Lettres Classiques au collège Jules Vallès de Saint-Leu d’Esserent.

Travail inspiré d’une séquence de la MAFPEN dans la collection « Echanges réciproques des savoirs et pratiques pédagogiques »

 

·        Première guerre punique 264-241 av JC : l'abnégation du consul Regulus

 

Séance 1 :

Objectif méthodologique : effectuer une recherche en salle informatique

Thème de recherche : la fondation légendaire de Carthage et  les guerres puniques

 

 

A. La légende de Didon

 

Il était une fois, selon la légende, une princesse (troyenne, phénicienne, grecque), nommée (Cléopâtre, Elissa, Lucrèce). Quand son (père, son fils, son mari) fut assassiné par son frère Pygmalion, elle dut s'enfuir, ce qui lui valut plus tard son surnom, Didon qui signifie (la rusée, l'errante, la mystérieuse). Elle fit escale à (Chypre, en Sardaigne, en Sicile), où elle enleva 80 (garçons, filles, chameaux) pour assurer la descendance. Elle repartit en (Espagne, Afrique du Nord, en Crète) où elle usa d'une ruse auprès des indigènes : elle demanda que lui fût octroyée une terre que recouvrirait une peau de (bœuf, serpent, chacal). Mais elle la découpa en lanières dont elle enserra une colline. C'est ainsi, selon la légende, que fut créée Carthage au (IX°, IV°, I° siècle avant J.C.). Plus tard, y accosta (Romulus, Ulysse, Enée)  qui fuyait après la chute de Troie. Elle en tomba amoureuse et lorsqu'il dut repartir, désespérée, elle se tua par (le poignard, le poison, la noyade).

 

B. Iconographie

Illustrez cette légende d’un ou deux tableaux de la reine.

 

C. Questionnaire :

 

1)   Origine du mot « punique » ?

2)   Nom antique et localisation de Messine ?

3)   Date de la bataille de Myles ?

4)   En quelle année Regulus établit-il une base sur les côtes africaines ?

5)   Date de la prise de Sagonte ?

6)   Dates et durée de la 2ème guerre punique ?

7)   Date et noms de 2 victoires importantes d'Hannibal ?

8)   Dans quelle région latine Cannes se trouve-t-elle ?

9)   Noms des chefs romains à la bataille de Cannes ?

10) Nombre de soldats romains morts à la bataille de Cannes ?

 

 

Séance 2 (2 heures) : une autre légende autour de Carthage, le sacrifices des enfants

 

Support Le Tombeau étrusque (Alix)

Objectif linguistique : découvrir la déclinaison de puer, les adjectifs et pronoms interrogatifs  et répondre en latin à des questions sur le texte.

 

Séance 3 :

Objectif lexical: le champ lexical de la barbarie

 

Lisez cet extrait du roman Salammbô, de Gustave Flaubert :

 

« Les prêtres se penchèrent au bord de la grande dalle, et un chant nouveau éclata, célébrant les joies de la mort et les renaissances de l'éternité. Ils montaient lentement, et, comme la fumée en s'envolant faisait de hauts tourbillons, ils semblaient de loin disparaître dans un nuage. Pas un ne bougeait. Ils étaient liés aux poignets et aux chevilles, et la sombre draperie les empêchait de rien voir et d'être reconnus. Hamilcar, en manteau rouge comme les prêtres du Moloch, se tenait auprès du Baal, debout devant l'orteil de son pied droit. Quand on amena le quatorzième enfant, tout le monde put s'apercevoir qu'il eut un grand geste d'horreur. »

  1. Quels détails apparentent la scène à une scène de torture ?
  2. Quel détail souligne le gigantisme de la statue de Baal et montre que l'homme lui est soumis ?
  3. Pourquoi, d'après vous, Hamilcar eut-il «un grand geste d'horreur » ?
  4. Comment qualifiez-vous l’attitude des Carthaginois ?

 

               

 

 

En fonction de la nature des mots, associez les synonymes entre eux et retrouvez leur signification

saevitia, ae f

sanguis, is m

cruel

inhumanus, a, um

 

saevus, a, um

cruauté

barbarus, a, um

sang

 

 

 

Pour la séance 4, interrogation vocabulaire sur la cruauté et sur l'interrogation.

 

 

Séance  5 : la 1ère guerre punique 264-241 av. JC

Objectif culturel : savoir se repérer dans le temps : quelques dates importantes 

Objectif linguistique : faire un résumé en latin à partir des recherches effectuées par les élèves sur la première guerre punique

 

Séance 6 : l'abnégation du consul Regulus

 

Objectif linguistique : découverte de la proposition infinitive

 

La première guerre punique éclata en 264 av. J.C. à propos de la Sicile : les Carthaginois prirent parti pour les Syracusains contre les Mamertins, qui firent appel aux Romains. Les premiers succès enhardirent les Romains et les engagèrent à débarquer en Afrique sous le commandement du consul Regulus. Battu par les Carthaginois (255 av. J.C), fait prisonnier, il est envoyé en ambassade à Rome où il doit négocier la libération des prisonniers nobles carthaginois contre sa propre vie. Voici le discours qu’il prononce devant le sénat :

           

In senatum venit,

mandata euit,

sententiam ne diceret recusavit ;

quamdiu jurejurando  hostium teneretur,

se non esse senatorem . [...]

Reddi captivos negavit esse utile :

illos enim adulescentes esse et bonos duces,

se jam  confectum senectute (esse).

 

 

 

Cujus cum valuisset auctoritas,

captivi retenti sunt ,

ipse Carthaginem rediit,

neque eum caritas  patriae   retinuit nec suorum.

Neque vero tum ignorabat

se ad crudelissimum hostem et ad exquisita  supplicia proficisci  ;

sed jusjurandum conservandum putabat.

Itaque tum cum vigilando  necabatur ,

erat in meliore causa,

quam si domi senex captivus, perjurus  consularis remansisset.

 

 

 

 

Il vint au Sénat

et parla de la mission dont il était chargé

refusa d’exprimer officiellement un avis

aussi longtemps qu’il était tenu par le serment prêté à l’ennemi,

il n’était plus sénateur. [...]

Il affirma [qu’il n’était pas utile de rendre les prisonniers],

[que ceux-ci, en effet, étaient des jeunes gens et de bons chefs,]

et [que lui était déjà consumé par la vieillesse].

 

Son autorité fit impression,

les prisonniers furent gardés,

lui-même retourna à Carthage ,

ni son amour de la patrie ni son amour des siens ne le retinrent.

…………………………………….…...............……

………………………………………................……

…………………………………………………........

, mais il pensait devoir tenir son serment.

C’est pourquoi, alors même qu’on le tuait en le tenant éveillé,

il se trouvait dans une meilleure situation

que s’il était resté chez lui, prisonnier vieilli, consulaire parjure.

 

 

Cicéron, De Officiis, III, 26- 27

 

 

 

Le vocabulaire du droit.

Voici deux listes, l’une en français, l’autre en latin : reliez les mots entre eux.

jus, juris, n
injustus, a, um
justitia, ae, f
injuria, iae, f
judex, icis, m
judicium, ii, n
judicare
perjurus, a, um 
jusjurandum, i, n

qui se parjure
le droit
la justice
le serment
l’injustice
injuste
le juge
le jugement
juger

 

 

Séance 7 :

Objectif linguistique : manipuler la proposition infinitive

 

Exercices sur la proposition infinitive

 

Verbes de déclaration : dico et ses synonymes

 

Consul senatoribus nuntiat Poenos captivos recuperare velle.  (nuntio, as, are : annoncer ; volo, vis, vult, velle : vouloir)

 

Regulus negat Romanos captivos liberare debere. (nego, is, ere : dire que …ne…pas)

 

Consul narrat Poenos crudeles esse.

 

Verbes signifiant « croire, penser »

 

Reguli uxor existimat pupulum Romanum captivos liberare debere, quia maritum amat. (quia : parce que)

 

Uxor putat eum se non sacrificare debere. (puto, as, are : penser que)

 

Verbes signifiant «  savoir » : ( nescio : ne pas savoir que, ignoro ; cognosco : apprendre que)

 

Regulus ostendit Romanum consulum animum habere debere.

 

 

Séance 8 : Evaluation

Proposition infinitive et commentaire du texte sur Régulus

 

1.      Récitez la leçon sur la proposition infinitive en donnant l’exemple du cours en latin et en français. Précisez bien la nature et la fonction de la proposition subordonnée française.

 

 

2.      Traduire les phrases suivantes après avoir mis entre crochets les propositions infinitives et souligné leur sujet.

a.       Consul senatoribus nuntiat Poenos captivos recuperare velle.

 

b.      Regulus negat Romanos captivos liberare debere. 

 

c.       Populus Romanus putat patriam in periculo esse. (periculum, i n : danger)

 

d.      Regulus scit vitae sacrificium non inutile esse.

 

 

3.      Commentaire du discours de Regulus :

 

Régulus vint devant le Sénat et exposa sa mission. Il refusa d’exprimer officiellement un avis : aussi longtemps qu’il était tenu par le serment prêté à l’ennemi, il dit qu’il n’était plus sénateur. Il n’était pas utile de rendre les prisonniers : ceux-ci, en effet, étaient des jeunes gens et de bons chefs, tandis que lui était déjà consumé par la vieillesse. Son autorité fit impression, les prisonniers furent gardés, lui-même retourna à Carthage. Il n’ignorait certes pas qu’il se rendait auprès d’un ennemi particulièrement cruels et qu’il allait au devant d’un sacrifice assuré, mais il pensait devoir tenir son serment. C’est pourquoi, alors même qu’on le tuait en le tenant éveillé, il se trouvait dans une meilleure situation que s’il était resté chez lui, prisonnier vieilli, consulaire parjure.

Cicéron, De Officiis, III, 26- 27

 

a.       Quel argument Régulus développe-t-il ? (expliquez sans recopier des phrases entières du texte)

 

b.      Quels sont les biens terrestres auxquels il renonce ? Au nom de quoi ?

 

c.       Cicéron admire cette figure sublime : de quelles qualités le Romain fait-il preuve dans cette épreuve ?

 

d.      A partir de la dernière phrase, précisez (et expliquez) quelle est la morale de cette histoire.

 

 

 

 

·        La seconde guerre punique 211-201 av. J.-C. : Hannibal, fils d'Hamilcar Barca, le plus grand ennemi de Rome

 

Séance 9 :

Objectif culturel : découvrir le déroulement de la seconde guerre punique

Objectif méthodologique : légender un fond de carte

 

                    

 

 

 

 

 

Séance 10 :

Objectif linguistique : revoir l’imparfait (morphologie et syntaxe dans la description)

Objectif littéraire : le portrait d’Hannibal

Support : Ab Urbe condita liber XXI, IV Tite-Live

 

La première guerre punique avait donné aux Romains la domination de la Sicile. En 218, les Carthaginois lancent une contre attaque à partir de l'Espagne avec, à leur tête Hannibal et ses éléphants. Cinq mois plus tard et des effectifs réduits de moitié, Hannibal se retrouve en Italie où il remporte victoire sur Victoire. Les plus célèbres sont celle du lac Trasimène en 217 (15000 morts Romains) et celle de Cannes en 216 (45000 morts et 20000 prisonniers/80000). Qui est donc ce Carthaginois d'exception ? 

 

 

 [...]Nullo labore aut corpus fatigari aut vinci animus poterat. Caloris ac frigoris patientia par ; cibi potionisque desiderio naturali, non uoluptate modus finitus erat ; uigiliarum somnique nec die nec nocte discriminata tempora ; [...] multi saepe militari sagulo opertum humi jacentem inter custodias stationesque militum conspexerunt. Vestitus nihil inter aequales excellens: arma atque equi conspiciebantur. Equitum peditumque idem longe primus erat ; princeps in proelium ibat, ultimus conserto proelio excedebat. Has tantas uiri uirtutes ingentia uitia aequabant, inhumana crudelitas, perfidia plus quam Punica, nihil ueri, nihil sancti, nullus deum metus, nullum ius iurandum, nulla religio. Cum hac indole uirtutum atque uitiorum triennio sub Hasdrubale imperatore meruit[...]

Nulle fatigue, n'épuisait son corps, ne brisait son âme. Il supportait également le froid et le chaud. Ses repas étaient limités par les besoins de la nature et non par le plaisir. Pour veiller ou pour dormir, il ne faisait nulle différence entre le jour et la nuit ; [...] on le vit souvent, couvert d'une casaque de soldat, s'étendre à terre au milieu des sentinelles et des corps de garde. Ses vêtements ne le distinguaient nullement des jeunes gens de son âge : ce qu'on remarquait, c'étaient ses armes et ses chevaux.

 

 

 

 

 

Avec ce mélange de qualités et de vices, il servit trois ans sous les ordres d'Asdrubal.

 

Ab Urbe condita liber XXI, IV Tite-Live

Vocabulaire du texte à apprendre :

 

Les noms :

labor, oris, m. : la souffrance, le travail pénible

corpus, oris, n. : corps
calor, oris, m. : la chaleur
frigor, oris n.  : le froid
cibus, i, m. : nourriture, repas
potio, ionis, f. : la boisson,

humus, i, m. : terre => humi : à terre

Les verbes :

conspicio, is, ere, spexi, spectum : apercevoir
cedo, is, ere, cessi, cessum :  aller, marcher

Les adjectifs qualificatifs :

ingens, entis : immense, énorme
uerus, a, um : vrai
sanctus, a, um : sacré
aequalis, e : du même âge
princeps, ipis, adj. :  premier
ultimus, a, um : dernier

 

Séance 11 :

Objectif linguistique : Découverte des adjectifs de deuxième classe

Même support

 

Séance 12 :

Evaluation : traduction

 

Le passage des Alpes par Hannibal D’après l’historien Tite-Live

 

Hannibal, Romanorum hostis, consilium cepit bellum gerere. Senatus sciebat Hannibalem Saguntum, Hispaniae civitatem, cepisse et eum viros et feminas saevo modo interfecisse. Mox Hannibal cum ingentibus copiis ad Italiam cedit. Prudens imperator copias mari non transportavit, sed terrestri viā per Alpes in Italiam duxit. Fama tradit viros magnam pecuniam accepisse. Sed via longa difficilisque erat. Saepe elephantes et equi cadendo propter frigor homines interficiebant. Tandem in jugum pervenerunt. Tum militibus [qui Italiae agros videbant], imperator poenus dixit : « In duris laboribus fortes fuistis. Nunc Urbis muros rumpetis et mox superbum Italiae caput capietis. »

 

Séance 13 :

Elargissement culturel : lecture analytique de l’incipit de Salammbô de Gustave Flaubert sur le site http://www.mediterranees.net/

 

Salammbô de Gustave Flaubert

C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar.

Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d'Eryx, et comme le maître était absent et qu'ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté.

Les capitaines, portant des cothurnes de bronze, s'étaient placés dans le chemin du milieu, sous un voile de pourpre à franges d'or, qui s'étendait depuis le mur des écuries jusqu'à la première terrasse du palais ; le commun des soldats était répandu sous les arbres, où l'on distinguait quantité de bâtiments à toit plat, pressoirs, celliers, magasins, boulangeries et arsenaux, avec une cour pour les éléphants, des fosses pour les bêtes féroces, une prison pour les esclaves…

La houle des soldats se poussait. Ils n'avaient plus peur. Ils recommençaient à boire. Les parfums qui leur coulaient du front mouillaient de gouttes larges leurs tuniques en lambeaux, et s'appuyant des deux poings sur les tables qui leur semblaient osciller comme des navires, ils promenaient à l'entour leurs gros yeux ivres, pour dévorer par la vue ce qu'ils ne pouvaient prendre. D'autres, marchant tout au milieu des plats sur les nappes de pourpre, cassaient à coups de pied les escabeaux d'ivoire et les fioles tyriennes en verre. Les chansons se mêlaient au râle des esclaves agonisant parmi les coupes brisées. Ils demandaient du vin, des viandes, de l'or. Ils criaient pour avoir des femmes. Ils déliraient en cent langages. Quelques-uns se croyaient aux étuves, à cause de la buée qui flottait autour d'eux, ou bien, apercevant des feuillages, ils s'imaginaient être à la chasse et couraient sur leurs compagnons comme sur des bêtes sauvages. L'incendie de l'un à l'autre gagnait tous les arbres, et les hautes masses de verdure, d'où s'échappaient de longues spirales blanches, semblaient des volcans qui commencent à fumer. La clameur redoublait ; les lions blessés rugissaient dans l'ombre.

Le palais s'éclaira d'un seul coup à sa plus haute terrasse, la porte du milieu s'ouvrit, et une femme, la fille d'Hamilcar elle-même, couverte de vêtements noirs, apparut sur le seuil. Elle descendit le premier escalier qui longeait obliquement le premier étage, puis le second, le troisième, et elle s'arrêta sur la dernière terrasse, au haut de l'escalier des galères. Immobile et la tête basse, elle regardait les soldats.

Derrière elle, de chaque côté, se tenaient deux longues théories d'hommes pâles, vêtus de robes blanches à franges rouges qui tombaient droit sur leurs pieds. Ils n'avaient pas de barbe, pas de cheveux, pas de sourcils. Dans leurs mains étincelantes d'anneaux ils portaient d'énormes lyres et chantaient tous, d'une voie aiguë, un hymme à la divinité de Carthage. C'étaient les prêtres eunuques du temple de Tanit, que Salammbô appelait souvent dans sa maison.

Enfin elle descendit l'escalier des galères. Les prêtres la suivirent. Elle s'avança dans l'avenue des cyprès, et elle marchait lentement entre les tables des capitaines, qui se reculaient un peu en la regardant passer.

Sa chevelure, poudrée d'un sable violet, et réunie en forme de tour selon la mode des vierges chananêennes, la faisait paraître plus grande. Des tresses de perles attachées à ses tempes descendaient jusqu'aux coins de sa bouche, rosé comme une grenade entr'ouverte. Il y avait sur sa poitrine un assemblage de pierres lumineuses, imitant par leur bigarrure les écailles d'une murène. Ses bras, garnis de diamants, sortaient nus de sa tunique sans manches, étoilée de fleurs rouges sur un fond tout noir. Elle portait entre les chevilles une chaînette d'or pour régler sa marche, et son grand manteau de pourpre sombre, taillé dans une étoffe inconnue, traînait derrière elle, faisant à chacun de ses pas comme une large vague qui la suivait.

Les prêtres, de temps à autre, pinçaient sur leurs lyres des accords presque étouffés, et dans les intervalles de la musique, on entendait le petit bruit de la chaînette d'or avec le claquement régulier de ses sandales en papyrus.

Personne encore ne la connaissait. On savait seulement qu'elle vivait retirée dans des pratiques pieuses. Des soldats l'avaient aperçue la nuit, sur le haut de son palais, à genoux devant les étoiles, entre les tourbillons des cassolettes allumées. C'était la lune qui l'avait rendue si pâle, et quelque chose des Dieux l'enveloppait comme une vapeur subtile. Ses prunelles semblaient regarder tout au loin au delà des espaces terrestres. Elle marchait en inclinant la tête, et tenait à sa main droite une petite lyre d'ébène.

Ils l'entendaient murmurer.

«Morts ! tous morts ! vous ne viendrez plus obéissant à ma voix, quand, assise sur le bord du lac, je vous jetais dans la gueule des pépins de pastèques ! Le mystère de Tanit roulait au fond de vos yeux, plus limpides que les globules des fleuves.» Et elle les appelait par leurs noms, qui étaient les noms des mois. - «Siv ! Sivan ! Tammouz, Eloul, Tischri, Schebar ! - Ah ! pitié pour moi, Déesse !»

Les soldats, sans comprendre ce qu'elle disait, se tassaient autour d'elle, ils s'ébahissaient de sa parure ; mais elle promena sur eux tous un long regard épouvanté, puis s'enfonçant la tête dans les épaules en écartant les bras, elle répéta plusieurs fois :

«Qu'avez-vous fait ! qu'avez-vous fait ! Vous aviez cependant, pour vous réjouir, du pain, des viandes, de l'huile, tout le malobathre des greniers ! J'avais fait venir des boeufs d'Hécatompyle, j'avais envoyé des chasseurs dans le désert !» Sa voix s'enflait, ses joues s'empourpraient. Elle ajouta : «Où êtes-vous donc, ici ? Est-ce dans une ville conquise, ou dans le palais d'un maître ? Et quel maître ? le suffète Hamilcar mon père, serviteur des Baals ! Vos armes, rouges du sang de ses esclaves, c'est lui qui les a refusées à Lutatius ! En connaissez-vous un dans vos patries qui sache mieux conduire les batailles ? Regardez donc ! les marches de notre palais sont encombrées par nos victoires ! Continuez ! brûlez-le ! J'emporterai avec moi le Génie de ma maison, mon serpent noir qui dort là-haut sur des feuilles de lotus ! Je sifflerai, il me suivra ; et, si je monte en galère, il courra dans le sillage de mon navire sur l'écume des flots.»

Ses narines minces palpitaient. Elle écrasait ses ongles contre les pierreries de sa poitrine. Ses yeux s'alanguirent ; elle reprit :

«Ah ! pauvre Carthage ! lamentable ville ! Tu n'as plus pour te défendre les hommes forts d'autrefois, qui allaient au delà des océans bâtir des temples sur les rivages. Tous les pays travaillaient autour de toi, et les plaines de la mer, labourées par tes rames, balançaient tes moissons.»

Séance 14 :

Projection du docu-fiction Hannibal, le plus grand ennemi de Rome

Séance 15 :

·         La troisième guerre punique  149-146 avant J.-C.

Le texte est présenté intégralement mais seules les parties en caractères gras seront traduits.

 

Delenda est carthago

  Sed huius causa belli, quod contra foederis legem adversus Numidas quidem, sed paravisset classem et exercitum. Frequens autem Massinissa fines territabat. Sed huic ut bono socioque regi favebatur. Cum de bello sederet, de belli fine tractatum est. Cato inexpiabili odio delendam esse Carthaginem, et cum de alio consuleretur, pronuntiabat; Scipio Nasica, servandum, ne metu ablato aemulae urbis, luxuriari felicitas inciperet. Medium senatus elegit, ut urbs tantum loco moveretur. Nihil enim speciosius videbatur, quam esse Carthaginem, quae non timeretur.

 

 

Igitur Manilio Censorinoque consulibus, populus Romanus aggressus Carthaginem, spe pacis iniecta, traditam a volentibus classem, sub ipso ore urbis, incendit. Tum evocatis principibus, si salvi esse vellent, ut migrarent finibus, imperavit. Quod pro rei atrocitate adeo movit iras, ut extrema mallent. Comploratum igitur publice statim, et pari voce clamatum est, ad arma ! seditque sententia, quoquo modo rebellandum, non quia iam spes ulla superesset, sed quia patriam suam mallent hostium, quam suis manibus everti. Qui rebellantium fuerit furor, vel hinc intelligi potest, quod in usum novae classis tecta domuum resciderunt; in armorum officinis aurum et argentum pro aere ferroque conflatum est; in tormentorum vincula crines suos matronae contulerunt.

 

Mancino deinde consule, terra marique fervebat obsidio. Operti portus; nudatus est primus, et sequens, iam et tertius murus; cum tamen Byrsa, quod nomen arci fuit, quasi altera civitas, resistebat. Quamvis profligato urbis excidio, tamen fatale Africae nomen Scipionum videbatur. Igitur in alium Scipionem conversa res publica finem belli reposcebat. Hunc Paulo Macedonico procreatum Africani illius magni filius in decus gentis assumpserat, hoc scilicet fato, ut quam urbem concusserat avus, nepos eius everteret.

 

Sed, quemadmodum maxime mortiferi morsus solent esse morientium bestiarum, sic plus negotii fuit cum semiruta Carthagine, quam integra. Compulsis in unam arcem hostibus, portum quoque maris Romanus obstruxerat. IlIi alterum sibi portum ab alia urbis parte foderunt, nec ut fugerent; sed qua nemo illos nec evadere posse credebat, inde quasi enata subito classis erupit; cum interim iam diebus, iam noctibus, nova aliqua moles, nova machina, nova perditorum hominum manus, quasi ex obruto incendio subita de cineribus flamma, prodibat. Deploratis novissime rebus, XXXVI millia virorum se dediderunt, - quod minus credas, - duce Asdrubale. Quanto fortius femina, et uxor ducis ! quae, comprehensis duobus liberis, a culmine se domus in medium misit incendium, imitata reginam, quae Carthaginem condidit. Quanta urbs deleta sit, ut de ceteris taceam, vel ignium mora probari potest. Quippe per continuos XVII dies vix potuit incendium exstingui, quod domibus ac templis suis sponte hostes immiserant; ut, quatenus urbs eripi Romanis non poterat, triumphus arderet.

Il faut détruire Carthage

 La cause de cette guerre provient du fait que Carthage avait préparé une flotte et une armée contre les closes du traité mais pour lutter contre les Numides. En effet Massinissa semait souvent la terreur sur son territoire. Mais il était soutenu en tant que roi favorable et allié. En se fixant sur cette guerre, on s'occupa de la fin de la guerre. Caton déclarait avec une haine implacable qu'il fallait détruire Carthage même quand on lui demandait son avis sur autre chose. Scipion Nasica voulait qu'on la conserve, de peur que, délivré de la crainte d'une ville rivale, on ne s'abandonne à la mollesse. Le Sénat choisit la voie médiane : la ville changerait simplement de place. Rien ne semblait plus beau qu'une Carthage qu'on ne craindrait plus.

Une résistance héroïque

 C'est pourquoi sous le consulat de Manilus et de Censerinus, le peuple romain attaqua Carthage. On leur fit miroiter un espoir de paix : on incendia leur flotte livrée volontairement sous le regard même de la ville. Alors on fit venir les notables et on leur ordonna de quitter leur territoire s'ils voulaient rester sains et saufs. Devant l'atrocité de la chose, la colère monta au point qu'ils préférèrent en arriver aux extrêmes. On se lamenta aussitôt publiquement et on cria d'une seule voix : Aux armes ! On prit la décision de reprendre la guerre par n'importe quel moyen, non parce qu'il restait un espoir de survivre mais parce qu'ils préféraient une patrie détruite par les mains de l'ennemi plutôt que par les leurs. On peut imaginer quelle fut la fureur des combattants par le fait qu'ils détruisirent les toits de leurs maisons pour construire une nouvelle flotte. Dans les ateliers d'armement, on forgea l'or et l'argent à la place du fer et du bronze. Pour faire des cordages aux machines de guerre, les femmes donnèrent leurs cheveux.

Scipion Emilien

 Ensuite sous le consulat de Mancinus, on s'activa sur terre et sur mer à assiéger Carthage. Les ports furent fermés; le premier, le second et enfin le troisième mur furent dégagés. Cependant, Byrsa (nom de la citadelle, presque une autre ville) résistait. Bien que la ville fût détruite, cependant le nom des Scipions semblait fatal pour l'Afrique. L'Etat, se tournant vers un autre Scipion, le réclama pour terminer la guerre. Le fils du grand Africain avait adopté pour la gloire de sa famille le rejeton de Paulus Macedonicus. Le destin fit que la ville ébranlée par l'aïeul, c'est son petit-fils qui la renversa.

L’anéantissement

 Mais comme les morsures des bêtes mourantes sont habituellement plus funestes, on eut plus de travail avec une Carthage à demi détruite que lorsqu'elle était debout. Les ennemis furent repoussés dans la seule citadelle. Les Romains avaient obstrué le port de mer. Les Carthaginois en creusèrent un autre d'un autre côté de la ville. Ce n'était pas pour fuir mais là où personne ne pensait qu'on pourrait passer, tout à coup une flotte sortie de nulle part fit irruption. Chaque jour, chaque nuit, une nouvelle digue, une nouvelle machine de guerre, une nouvelle troupe d'hommes prêts à tout surgissaient, comme un incendie maîtrisé renaît de ses cendres. Finalement en désespoir de cause, trente six milliers d’hommes se rendirent avec, chose à peine croyable, Asdrubal à leur tête. Combien plus courageuse une femme, l'épouse du général! Prenant ses deux enfants, du haut de sa demeure, elle se jeta dans les flammes, imitant en cela la reine qui avait fondé Carthage. On peut juger de la grandeur de la ville détruite par un seul exemple : la durée de l'incendie. Pendant dix-sept jours on ne put éteindre cet incendie qui avait été allumé spontanément par les ennemis dans leurs maisons et leurs temples. Puisque leur ville ne pouvait être arrachée aux Romains, ils mirent le feu à leur triomphe.

FLORUS, II, XV.